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Massacres de Lemera : 23 ans d’attente sans voir le bout du tunnel ! Professeur A. MAINDO

Le 6 octobre 1996, il y a 23 ans aujourd’hui, Lemera entrait dans les annales des crimes graves
jusqu’ici impunis, inaugurant une ère nouvelle des crimes de tout genre en République très
Démocratique du Congo : massacres, viols de masse, crimes de guerre, violences sexuelles, crimes
contre l’humanité, crimes de génocide, crimes économiques, etc. 23 ans interminables et perdus
pour les victimes et leurs proches, 23 ans d’attente d’une hypothétique justice humaine. Que c’est
trop et insupportable ! Pour paraphraser Kierkegaard, quel malheur que d’être sujet congolais
démocratique ! Et pourtant le pire malheur quand on sujet congolais démocratique est au fond de ne
pas comprendre que c’en est un.
Il est temps de revisiter cette page sombre de notre histoire qui est à l’origine des graves maux
d’aujourd’hui pour la réécrire en lettres de noblesse. La réécrire en lettres de noblesse ne signifie pas
fouiner dans le passé des gens, mais certainement rendre la dignité aux victimes et leurs proches,
honorer leur mémoire, en entretenant la flamme de la nation pour que ce crime, le premier d’une
longue série interminable et toujours en cours, ne puisse pas rester impuni au risque de
compromettre le vivre ensemble tant les victimes et leurs proches pourraient ruminer leur
vengeance.
Les victimes ne demandent d’ailleurs à personne de fouiner dans le passé, mais réclament
simplement justice. Leur sang crie justice et réparation. Comment bâtir une nation sur le crime de
sang ? Ne contraignons pas les victimes à tourner la page, comme ils nous l’ont pas imposé
récemment en nous refusant la vérité des urnes. Tant de frustrations (Gustave le Bon, Ted Gurr)
génèrent un fort potentiel de haine et violences réactionnaires. La conscience d’être victime (Marx)
est un moteur de l’action collective pour exiger la réparation. L’action collective des victimes est
comme un fleuve tranquille qui, avec la crue, devient folle et emporte tout sur son passage : les
barrages sautent, les habitations sont détruites avec leurs résidents et les biens, etc. Rien ne lui
résiste alors. Quand le fleuve en furie rentre finalement dans son lit, il est trop tard, que dis-je ?, il est
temps alors de faire le décompte macabre des dégâts humains et matériels et de pleurer de ses
vraies larmes.
Comment peut-on refuser à une mère, la nation congolaise, le droit de savoir qui a massacré de sang
froid ses enfants chéris dans un lieu sacré et créé pour sauver les vies, un hôpital ? Pire, comment lui
faire lui dire que l’on ne fouinera pas dans le passé inscrit dans le rapport Mapping? C’est comme
massacrer deux trois fois ses enfants dont le seul tort a été d’être malades à l’hôpital de Lemera ou
d’y travailler pour soulager les patients dont la patience a été brutalement interrompue par
l’assassinat de masse. La patience d’une telle mère éplorée a des limites tant sa douleur est
incommensurablement absurde. Comment soulager cette douleur de la mère Nation dont les
rejetons ont été fauchés sans sommation, pour rien, dans un sanctuaire de la vie, l’hôpital de
Lemera ? C’est aux enfants d’enterrer leurs parents ! Comment en est-on arrivé à renverser l’ordre
naturel des choses pour que les parents désormais enterrent leurs enfants ? C’est compromettre la
reproduction nationale.
Au nom de cette mère inconsolable, je dénonce le mutisme des autorités et l’impunité garantie aux
bourreaux qui narguent leurs victimes et les survivants. Jusqu’à quand les bourreaux et assassins de
grand chemin continueront-ils à défier la nation tout entière ? Jusqu’à quand doit-on attendre justice
et réparation pour les victimes ? Non, je refuse d’attendre encore une seule seconde, j’exige la
justice et la réparation maintenant. Je dis NON, je ne me tairai pas tant que la cause des victimes de
Lemera n’aura pas été entendue, tant que les crimes des guerres de un jour, de trois jours, de six
jours à Kisangani n’auront pas été punis. C’est justement l’impunité qui a fait que l’on en massacre
encore davantage et plus sauvagement. On massacre pendant une journée à Kisangani, personne ne
lève le petit bout de doigt ! Alors, les bourreaux rééditent leurs exploits pendant trois longues
journées en redoutant peut-être un sursaut de la conscience humaine. Mais non, ce sursaut n’est pas
apparu. Alors, pour couronner leur œuvre, ils se sont dits : donnons-nous davantage de temps pour
massacrer plus méthodiquement et plus calmement. Dès lors, ils ont doublé le temps du dernier
forfait, de trois à six jours. Résultat : une nécropole dédiée aux victimes « le cimetière des victimes de
la guerre de six jours » de Kisangani, elles ne méritent pas un monument en leur mémoire. Que si !
Justement le cimetière, c’est un monument bien plus éloquent, prestigieux et élogieux dans ce vaste
pays où bien des gens n’ont jamais de sépulture, même pas le soldat mort au combat ! C’est à croire
que notre patrie est devenue nécrophile tant on y meurt de tout et de rien, tout bonnement, même
de ce dont nul ne meurt ailleurs aujourd’hui.
Le temps est venu de transformer la patrie de Lumumba en une authentique biopole où les assassins
n’auront pas de répit et seront traqués et condamnés à l’errance à l’instar de Caïn. Il est temps de
redécouvrir la nécromancie, cette pratique divinatoire des anciens consistant à évoquer les esprits
des morts pour obtenir des révélations sur l’avenir. L’on apprendrait peut-être alors à mieux
protéger la vie, à rendre justice aux victimes. L’on se précipiterait surtout à fouiner dans le Rapport
Mapping crimes pour exorciser efficacement l’esprit des morts qui a trop régné sur cette terre
congolaise.
Il est temps de retrouver notre humanité, d’honorer nos morts, victimes anonymes et connues des
barbares impénitents dont la place où ils doivent être est bien connue. Dites-moi ce que je dois faire
à cette fin. Dites-moi si je dois payer des commissions ou même des rétro-commissions ou « faire la
coop » pour qu’enfin les victimes soient au moins entendues, avant que les derniers témoins et
victimes ne disparaissent avec leurs mémoires. Car, après, ça risque d’être trop tard. Pour
commencer, je vous prie surtout de ne pas fouiner dans le passé, mais dans le Rapport Mapping
crimes, s’il vous plait, avant que la justice céleste implacable ne décide de s’en mêler. N’allez pas me
dire à la suite de Jean-Paul Sartre nous sommes tous : « à moitié victimes, à moitié complices,
comme tout le monde ».


Ainsi fait le 5 octobre 2019
Professeur Alphonse Maindo

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